Les afrodescendants en Amérique Ibérique
24 août , 2007 at 12:13 | In Culture, Discrimination, Démographie, Histoire, Racisme, Société | Leave a Comment| Malgré leur contribution importante au métissage ethnique, culturel et religieux en Amérique Ibérique, les afrodescendants ont toujours été une population invisibilisée. La discrimination ethnique et raciale qu’ils ont supporté au cours de l’histoire a mis de nombreux groupes de sa population dans une situation de marginalité, caractérisée par de forts indices de pauvreté et d’analphabétisme, autant en zone rurale qu’en zone urbaine.
Afrodescendante d’Amérique Latine
La plupart des estimations effectuées ont fait des appréciations à la baisse. Malgré cela, certaines publications récentes présentent des chiffres qui évaluent approximativement la population afrodescendante à 150 millions de personnes, soit environ un tiers de la population totale de l’Amérique Latine. Les pays où l’on trouve le plus grand pourcentage d’afrodescendants au sein de la population sont la République Dominicaine (84 pour cent), Cuba (62 pour cent) et le Brésil (46 pour cent). Suivent la Colombie (26 pour cent), le Panama (14 pour ccent), le Vénézuela (10 pour cent), le Nicaragua (9 pour cent), l’Équateur (10 pour cent) et le Pérou (5 pour cent). Avec moins de 5 pour cent de population afrodescendante, on peut citer des pays comme le Paraguay (3,5 pour cent), l’Uruguay (4 pour cent), le Honduras (2 pour cent), le Costa Rica (2 pour cent) et la Bolivie (2 pour cent), selon des données obtenues du rapport sur la situation des afrodescendants en Amérique Latine, réalisé en 2003, par la Consulta Interagencial sobre Raza en América Latina (IAC) et le Programme des Relations Raciales du Dialogue Interaméricain.
Esclaves noirs au Brésil Malgré cette situation de marginalisation, les afrodescendants ont développé une culture qui leur est propre, et par laquelle ils ont contribué au métissage ethnique et culturel en Amérique Ibérique. L’échange a été réalisé dans deux directions de telle sorte que l’héritage africain an fusionné à la fois avec la culture occidentale et avec la religion catholique. La faible connaissance de la situation des afrodescendants latino-américains, autre conséquence de son invisibilisation, a simplifié la perception de sa réalité.Ils constituent cependant une communauté très diverse et complexe, qui malgré leur origine commune, présente des caractéristiques organisationnelles et culturelles propres dans chacun des pays latino-américains.
Afrodescendante d’Amérique Latine L’origine et l’histoire des afrodescendants en Amérique Latine, met en évidence les obstacles structurels que cette population doit affronter pour améliorer sa situation. Cependant, certaines initiatives de l’État et l’action menée par cette population elle-même pour défendre ses droits montrent que malgré les difficultés, des avancées dans la lutte contre la discrimination des afrodescendants peuvent être opérées. Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbargahttp://www.ciberamerica.org/Ciberamerica/Castellano/Areas/identidad/diversidad/afrodescendientes/inicio.htm |
Afrodescendants du Panama et discrimination raciale
23 août , 2007 at 2:32 | In Afropanaméen, Discrimination, Démographie, Histoire, Revendications, Société | Leave a CommentLos afropanaméens participent peu aux charges publiques
Il raconte cette histoire avec la voix de ceux qui gardent vivants ces moments presque occultes de l’arrivée de Jorge Illueca à la présidence du Panama. Certains doutaient alors de la réception positive qui allait lui être réservée, tandis que d’autres plaidaient qu’il fallait se ” résigner à avoir un président noir“. Il a passé huit mois au pouvoir, et malgré les commentaires qui circulaient à l’époque, il ne se rappelle pas avoir été discriminé, car disait-il alors à El Panamá América : “Je n’ai pas de complexes“. Cependant, Rubén Darío Paredes, général à la retraite des anciennes Forces de Défense n’oublie pas ses phrases et leur donne plus d’importance en qualifiant la discrimination raciale de “tendance silencieuse” de laquelle n’échappe pas le gouvernement actuel, car parmi ceux qui occupent les charges publiques, on ne voit presque pas des “gens à la peau brune“. L’avocat Melvin Brown ne se souvient pas qu’un jour Illueca se soit clairement identifié en tant que noir. Cependant, si on parle des présidents afro panaméens comme Illueca, on peut dire “qu’au Panama, tous l’ont été” d’un point de vue ethnique. Sa thèse s’appuie sur les études scientifiques et anthropologiques comme celles réalisées par le National Geographic qui indique que “l’Humanité est née en Afrique “.
Ce qui, reconnait-il a constitué une révolution dans la conception de la race et de l’ethnie. Pourquoi ? Simplement car cela voudrait dire, selon Brown, que “tous les êtres humains ont des racines africaines” du moment qu’on ne prend pas en compte la spécificité ethnique.
Carte du Panama
L’Ambiguité de l’égalité
Les afro panaméens représentent plus de la moitié de la population panaméenne, mais la pauvreté et la marginalisation continuent de coller spécifiquement à leur peau. Les quartiers populaires et la dure réalité économique dans les régions traditionnellement pauvres des provinces comme celle de Colon, Darien et Panamá relatent l’histoire d’une ethnie noire qui a dit adieu à l’esclavage pour ouvrir la voie aux stéréotypes raciaux de cette époque. Par conséquent, selon certaines des personnes consultées par El Panamá América, l’égalité s’est cette fois avérée contreproductive. Le sociologue Gerardo Maloney et le Rapport National du Développement Humain (INDH) Panama 2002 abondent clairement dans le même sens.
Et de fait, selon les deux sources, étant donné que les afro panaméens ne sont liés directement à aucun secteur spécifique dans les plans et les programmes de développement, il est peu probable qu’il y ait une avancée significative en matière sociale.
CAMILIO AZUQUITA , maître panaméen de
la Salsa – Les noirs célèbres au Panama sont
soient Sportifs (boxeurs…) soit musiciens…
En d’autres termes, la délinquance, la mendicité, la faible estime de soi et la discrimination ont encore de beaux jours devant eux. Selon Maloney, ce concept, qui dans la Constitution Nationale promulgue l’égalité de tous les panaméens quelque soit leur “race, religion, classe sociale ou idées politiques” n’est qu’une “entrave“. Grâce à cette généralité, “la population noire du Panama reste fragmentée en ce qui concerne les intérêts des partis politiques “. C’est l’organisation qui fait défaut ici, et dans ce cadre, il reconnait avec humilité : “les indiens ont été plus responsables que nous“. Les noirs participent peu à la prise de décisions dans les secteurs publics et privés. Le Rapport National du Développement Humain ne présente pas de chiffres concrets, ni les raisons expliquant cet isolement, mais Maloney pense qu’il n’existe aucune expression réelle de la force de leur représentation. Pour les prochaines élections, les choses doivent changer, assure Maloney. Cette fois, les noirs souhaitent constituerr plus qu’une “clientèle politique” comme ça a toujours été le cas jusqu’à présent. Ils ont donc préparé une “Plateforme Politique des Afro panaméens” et les candidats à la présidence en ont déjà entendu parler.
Le document leur a été présenté en novembre de l’année dernière, avec pour objectif que soient effectives les politiques publiques ayant pour cible la population noire, car “il est surprenant qu’au Panama qui est un creuset racial, il n y ait aucun ministre noir, que les prisons soient remplies de noirs, que dans les stéréotypes, les délinquants aient la peau noire, cependant les cols blancs ce n’est pas nous“.
UN DOCUMENT POLITICO DE VALEUR SOCIALE
La Plateforme Politique des afro panaméens reflète le sentiment qu’ont ces populations face aux agissements des gouvernements qui se sont succédés tout au long de l’histoire en ce qui a trait aux politiques publiques. Trois des quatre aspirants à la présidence de la République ont apposé leurs signatures sur le document qui leur a été présenté en novembre 2003. Guillermo Endara, de Solidaridad, fut le grand absent.
Malgré plus de 500 ans de présence et de contribution au développement national et à la “construction d’une société multiethnique et pluriculturelle“, comme l’indique l’exposé des motifs, les afro panaméens continuent de représenter un des “pans de la société les plus touchés par le chômage, la pauvreté et d’autres maux sociaux “.
Peau noire au Panama
Le document souligne également que la politique d’exclusion, fondée sur des conceptions discriminatoires rend plus difficiles les possibilités pour cette frange de la société de voir sa situation changer. En 17 points sont énumérés ce qu’ils appellent les “outils d’organisation et de planification des actions des afro panaméens dans l’ensemble du pays“. Ils demandent, entre autres choses d’être inclus dans tous les programmes, consultations et études socioéconomiques réalisés au Panama, au même niveau d’importance que les autres groupes humains. De même, ils demandent que les accords et conventions internationales que l’État a souscris ou auxquels il a adhéré – au niveau mondial ou régional – incluent des droits et des garanties pour la population afro panaméenne, et qu’ils bénéficient à celle-ci de façon directe ou indirecte. Ils exigent également que des représentants afro panaméens soient inclus lors des tables rondes de dialogues nationaux et régionaux. D’autre part, ils demandent à être représentés dans le Conseil constitutionnel pour que dans la nouvelle Constitution soit inclut, dans l’esprit de la loi tout ce qu’il faut pour éliminer la discrimination, et que soit garanti un régime d’égalité réelle. Un peu d’Histoire
Au milieu de XIXème siècle, des milliers de travailleurs afro-antillais, principalement des jamaïcains débarquèrent à l’Isthme de Panama pour participer à la réalisation des travaux d’infrastructures du Chemin de fer Transocéanique et du Canal Français. Plus tard au cours du XXème siècle, plus de 60% de la force de travail arrive dans l”Isthme en provenance de la Barbade, de Trinidad, de la Guyane, de Saint Kitts, Sainte Lucie, Martinique, Grenade, Curaçao, Guadeloupe, et Saint Vincent, et participe à la construction de l’actuel Canal de Panama, selon ce qu’indique le document Plateforme Politique des Afro panaméens auquel a eu accès El Panamá América. Le professeur Gerardo Maloney soutient que les premières générations des antillais qui sont arrivés dans l’Isthme n’ont pas été intégré à la société. La preuve la plus indiscutable dit-il, c’est la Constitution de 1941 qui parlait de “race de migration interdite “et dans laquelle on retrouvait des spécifications concrètes au sujet de “l’antillais et en outre légitimait les actions d’appropriations de biens de ces populations et ceux des chinois”. Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga http://www.elpanamaamerica.com.pa/archive/02052004/ustedt_slim.html Publié le 5 février 2004
L’indéniable héritage africain en Amérique Latine
23 août , 2007 at 2:26 | In Culture, Discrimination, Démographie, Histoire | Leave a CommentLa colonisation de l’Amérique a impliqué l’arrivée forcée sur le continent d’un grand nombre d’hommes et de femmes africains, obligées de participer à la construction de ce qu’on appelle alors le “Nouveau Monde“. Par leur dimension, leur présence en nombre – numérique, leur énorme capacité de travail, leur hétérogénéité, leur richesse culturelle et leurs valeurs, les africains par leur apport ont contribué à déterminer les profils qu’allaient acquérir les sociétés américaines émergentes. Cinq siècles plus tard, cet apport reste vivace sous des formes et des rythmes en accord avec le mode de fonctionnement de ces sociétés. De nos jours, les afro descendants représentent au moins 30% de la population du continent, dépassant les 160 millions de personnes.
L’héritage africain nourrit notre identité américaine (en plus de l’apport indigène, caucasien, juif, asiatique parmi tant d’autres) même s’il a rarement été reconnu et beaucoup moins apprécié et célébré qu’il aurait dû. Son influence se ressent dans tous les coins et recoins de l’Amérique hispanique et portugaise : de Veracruz, Oaxaca et Guerrero au Mexique, en passant par les côtes du Golfe du Honduras en Amérique Centrale, sur tous les territoires insulaires des Caraïbes, sur les littoraux Pacifique et Atlantique de Colombie, au Vénézuéla voisin, au nord est du Brésil et même jusqu’au Río de la Plata, jusqu’au Cône Sud. Contrairement à une croyance répandue, cet héritage n’est pas seulement le patrimoine des afro descendants ou de ceux dont les traits physiques révèlent des liens ininterrompus avec l’Afrique.
Comme le soutient l’anthropologue et chercheuse, spécialiste de la diaspora africaine Sheila Walker “la composante afro représente une partie intégrale de la société entière dans chacune des jeunes nations d’Amérique Latine et des caraïbes “. Le bagage culturel alimente les répertoires culturels Latino-Américains. Pour le démontrer, il suffit tout simplement de considérer différentes formes d’expressions de la spiritualité, les vocables africains incorporés autant à l’Espagnol qu’au Portugais, les plats, la musique et les danses traditionnelles qui identifient chacun de nos pays. Même les noms de certaines de ces danses “nationales ” furent créés en Afrique Centrale ou sont apparentés à la langue bantou (*). C’est le cas de la “samba” brésilienne, de la “rumba” cubaine et de la “bomba” portoricaine.
L’impact africain en Amérique est tellement immense qu’il touche même les pays de la région qui se sont le plus engagés dans l’exaltation de leurs “origines européennes” ou qui assurent ne pas avoir le moindre lien avec l’Afrique. Dans tous les cas, l’affirmation de l’ “européité” fut rehaussée aux dépens du passé africain, dont les traits furent proprement occultés. Dans ce sens, un des cas paradigmatiques est celui de l’Argentine. Jusqu’au milieu du XIXème siècle, le pays compta une importante composante de sa population qui était afro descendante qui résidait autour de la ville de Buenos Aires. Par la suite, cette métropole se transforma en un “Paris en Amérique” et se transforma avec fierté en reflet du Vieux Monde. De la même manière, durant les guerres d’indépendance, les noirs argentins se sont battus de façon aguerrie dans les rangs des armées nationales naissantes.
Malgré les “oublis” de l’histoire et la négation systématique, les échos de cette présence noire continuent de résonner jusqu’à présent, même s’ils s’avèrent indéchiffrables pour les jeunes générations. Un des plats populaire et traditionnel en Argentine est le “mondongo“, même si l’on ignore que ce mot a des résonances indéniablement africaines. Certains anthropologues et chercheurs indiquent que le vocable “tango” (qui définit la danse traditionnelle du Río de la Plata) provient de “tanga” qui en langue kikongo signifie “fête ou festival“.
Il faut reconnaître la multi culturalité de notre héritage, ainsi que la diversité distinctive de nos sociétés qui constitue sans doute sa plus grande force. Un processus de valorisation et de compréhension plus objectif de notre passé permettrait d’affronter plus aisément les défis de la difficile réalité latino américaine, parmi lesquels on retrouve le racisme institutionnalisé, la marginalisation politique et l’exclusion sociale des groupes ou des minorités ethniques et la pauvreté chronique des secteurs les plus vulnérables…
Traduit de lEspagnol par Guy everard Mbarga
http://www.elpanamaamerica.com.pa/archive/11302002/opinion06.shtml
(*) Aux Langues Bantous
Afro uruguayens : le génocide indirect
23 août , 2007 at 2:19 | In Afro uruguayens, Discrimination, Démographie, Histoire, Législation, Racisme | Leave a CommentPar le sociologue et écrivain Rafael Bayce La discrimination sociale et économique a provoqué la baisse du nombre d’afro uruguayens. Il s’agit, soutient Rafael Bayce dans cet article, d’un génocide indirect peu étudié, qui non seulement n’est pas facile à comprendre, mais dont les responsabilités historiques sont difficiles à attribuer-établir, comme c’est le cas en ce qui concerne le massacre des derniers indiens charruas par Bernabé Rivera Démographiquement, le premier noir arrivé en Amérique a débarqué lors du deuxième voyage de Colomb. La première expérience de déportation des noirs en tant que main d’œuvre peu chère dans ce continent date de 1510, la première autorisation formelle de le faire remonte à 1532. On se demande encore si les premiers noirs à débarquer sur le Río de la Plata (Fleuve d’Argent) furent introduits par Hernandarias (qui les inclut dans son testament) ou avec l’expédition de Juan Ortiz de Zárate. Dans tous les, ce fut avant le premier quart du XVIIème siècle. On sait par contre de façon certaine qu’un esclave du nom de Gregorio était crieur public deux ans après la fondation de Montevideo en 1728. Jusqu’à 1738, il n’y avait que des esclaves introduits à titre personnel par leurs maîtres. Mais, au cours de cette même année, le Conseil Municipal de la ville de Montevideo demande l’introduction d’une main d’œuvre guinéenne, qui arrive dans un navire de Thomas Navarro en 1743. Ce flux africain fait que le recensement de Viana en 1751 a Montevideo indique la présence de presque 15% d’esclaves noirs sur le total de la population qui est de 939 résidents (141). L’introduction des noirs ne fut pas très importante jusqu’à 1595, sous le régime juridique des “licencias” (licences), permis d’introduction payants qui n’obligeaient pas (leurs détenteurs) à l’introduction effective et qui pouvaient être renégociées. La substitution progressive des licences par les “asientos” *(établissement, installation) (1595-1787), augmenta l’arrivée des contingents de noirs, car le permis obligeait que l’introduction de cette main d’œuvre soit effective. Même s’il y’eut exista toujours une importation clandestine, en plus de celle autorisée, l’entrée massive des noirs prend une grande ampleur avec les “capitulaciones” qui négocient l’introduction en très grand nombre des esclaves, dont le trafic est désormais libre et exempt d’impôts (1787-1812). Au milieu de ce mouvement croissant d’introduction des esclaves, auquel les espagnols participeront tardivement et faiblement, Montevideo a le monopole de l’introduction des noirs par le Río de la Plata suite aux dispositions royales de 1789, 1791, 1801 et 1809. Les conséquences démographiques ne se font pas attendre. Le Recensement de Montevideo effectué 1805 indique 3.114 noirs sur une population de 9.359 habitants. Les noirs qui représentaient 15% des habitants de la population de Montevideo en 1751 passent désormais à 33% en 1805. Mais 1813 marque la fin de la période de floraison démographique des noirs à Montevideo, et ils sont désormais 14.000 sur les 21.000 résidents, soit 66% de la population.
En somme, démographiquement, les noirs, de 1751 à 1813, c’est-à-dire en 62 ans, multiplient par plus de quatre leur représentation en pourcentage dans la population de Montevideo. Leur contingent est multiplié par cent en nombre absolu à Montevideo dont la population est multipliée par 25 durant cette période. Une recherche devrait alors être entreprise pour répondre à la question suivante : comment Montevideo a-t-elle alors réussi à réduire, 150 ans plus tard, le contingent de noirs, le faisant passer de 66% de la population à un pourcentage inférieur de 10% ? L’explication se trouve certainement à la fois dans l’immigration massive européenne, la ghettoïsation et la discrimination sociale et économique. Il s’agit en fin de compte d’un génocide indirect peu étudié, qui non seulement n’est pas facile à comprendre, mais dont les responsabilités historiques sont difficiles à établir, comme c’est le cas en ce qui concerne le massacre des derniers indiens charruas par Bernabé Rivera. ABOLITION ET DISCRIMINATION Mais la croissance démographique initiale était accompagnée d’une crainte elle aussi croissante du nombre de noirs – et évidemment d’une rébellion potentielle – (le fantasme de Espartaco) et d’une stigmatisation morale et sociale ethnocentrique. Les licences nouvellement établies, sont ainsi temporairement interdites en 1550, car on craignait que les coutumes et la morale soient affectées par la religion et les danses africaines. Un fait assez proche allait se produire à Montevideo dans les années 80 alors que l’autorisation pour la construction d’un monument à Iemanjá* dormait dans les bureaux gouvernementaux. La discrimination socioculturelle (au départ conçue pour isoler les contingents malades et infestés a cause des conditions inhumaines d’entassement et d’hygiène des bateaux négriers) se manifeste par la fondation, dans ce qui est aujourd’hui Capurro, du premier ghetto noir alors appelé Caserío de los Negros. (Hameau des Noirs) La discrimination socio culturelle prenait dans ce cadre une forme symbolique et favorisa la discrimination économique qui a reproduit le cercle vicieux de la pauvreté et plus tard celui de la marginalisation. Cependant, la paupérisation, la marginalisation et l’alimentation du cercle vicieux de la pauvreté vont de paire avec la conquête des égalités formelles et l’admission de traits culturels propres aux noirs (ce qui laisse croire à leur acceptation socioculturelle.) En effet les danses, les rythmes et rencontres des “nations” afro uruguayennes se réduisent à des évènements extra-muros ou circonscrits aux ghettos urbains qui ont succédé au Caserío de Capurro (comme le Barrio Sur et Palermo…). Les célébrations rituelles sont dépourvues de leur religiosité et transformées en contribution exotique à l’inversion feinte des hiérarchies sociales consacrée par le Carnaval. C’est dans ce contexte de marginalisation, de génocide indirect et de pseudo acceptation culturelle que la Constitution de 1830, la première de l’Uruguay indépendante consacre la liberté des ventres. En 1842, arrivera l’abolition de l’esclavage par le gouvernement Colorado (nom d’un parti politique), qui sera confirmé en 1846 par le gouvernement Blanco (autre parti politique important en Uruguay). Les deux grands partis traditionnels uruguayens éliminent l’esclavage avec une précocité honorable, comparé au reste du monde. Mais dans le même temps ils discriminent, ghettoïsent, alimentent le cercle vicieux de la pauvreté noire, feignent l’acceptation culturelle en la transformant en exotisme et en ne permettant aux noirs de briller que dans un cadre social secondaire (joueurs de football oui, boxeurs également; ministres, médecins et avocats, non). Pour ces raisons, nous devons célébrer avec réserves l’abolition de l’esclavage; qui est important en tant que fait idéologique, mais qui dans les faits elle a fait de l’ombre a la discrimination, la ghettoïsation, la paupérisation et au génocide massif indirect.
Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga
Iemanjá* : divinité africaine Yoruba, très présente dans les cultes des afro descendants d’Amérique Latine, notamment au Brésil.
http://www.chasque.apc.org/armando/nuestraumbanda/ediciones/b3/afrouruguay.htm
Publié sur WordPress. | Theme: Pool by Borja Fernandez.
Entries and comments feeds.






