Interview Cristian Báez du groupe Afrochilien Lumbanga
23 août , 2007 at 2:11 | In Afro chilien, Cristian Báez, Culture, Entrevue, Histoire, Racisme | Leave a CommentAu début du XXe siècle à Arica, la population d’origine péruvienne dominait démographiquement. On trouvait également dans cette ville une forte proportion de boliviens, une population d’ascendance chilienne et également des indigènes (aymaras et Quechuas) en grand nombre. Mais il existait aussi une population d’afrodescendants, à l’origine emmenés là comme esclaves, qui occupa finalement tout un quartier jusqu’au début du siècle du nom de “Lumbanga”.
Le groupe qui porte ce nom est une organisation d’afrodescendants d’Arica qui compte autour de cent personnes, incluant des adultes, des jeunes, des enfants et des grands-parents. Cristian Báez, chargé des relations publiques Lumbanga, a répondu à nos questions. 
De quel type d’organisation s’agit-il, et quels sont ses objectifs?
Sauver les coutumes et les traditions de notre culture de descendants africains qui a été occultée pendant plus de 80 ans a cause de la «chilenisation» qui a eu lieu a Arica lorsque cette ville est devenue un territoire national (du Chili) et que pour cette raison on interdit toutes les coutumes qui étaient présentes à cet endroit, précisément dans la Vallée d’Azapa, là ou les noirs sont arrivés pour travailler en tant qu’esclave pour récolter la canne à sucre et le coton.
“Respecter et Reconnaître nos grands-parents car ils représentent les axes importants de la reconstruction de notre histoire, ce sont eux qui nous aideront à recouvrer toutes les coutumes, traditions et les modes de vie qui prévalaient dans le passé et identifiaient le Noir “Aider les afrodescendants qui ont des problèmes de pauvreté, de santé, d’éducation etc. Il y a par exemple au Chili une dame qui souffre d’une anémie falciforme (Drépanocytose) qui est une maladie génétique qui touche les afrodescendants. C’est le seul cas existant au Chili. Et comme ici au Chili ce n’est pas aussi commun qu’au Brésil, à Cuba et en Amérique Centrale…
Qui peut devenir membre de Lumbanga, et qui doivent ontacter les intéressés?
Tous les descendants des noirs peuvent être membre de Lumbanga, ainsi que “ceux qui souhaitent nous aider et connaitre notre culture, qu’ils soient blancs, indigènes ou de toute autre ethnie, du moment qu’ils respectent notre culture et notre organisation”.
Parlons de la table ronde ; qui peut y assister et quand se tient-elle?
En général les invités ce sont les afrodescendants âgés, et certains moins âgés également mais qui sont des anciens dans cette ville et qui donnent un point de vue externe
Nous nous réunissons au siège de Socorros Mutuos (Secours Mutuels) sur la rue Imperial entre Azola et Pedro Aguirre Cerda et la table ronde se tient toutes les trois semaines.
“La Mesa Redonda” réunit plus de 15 grands parents de plus de 65 ans, qui abordent plusieurs sujets de l’histoire des noirs. Cette activité est très importante et historique pour nous, car c’est une contribution au patrimoine de notre culture et recouvrer l’histoire des noirs avant que nos anciens nos quittent.
Quelle est la principale revendication des afrodescendants de Lumbanga?

La reconnaissance de l’existence de notre ethnie par les communautés d’Arica. Aujourd’hui, de nombreux collèges présentent des rythmes d’afrodescendants, et nous invitent à leur enseigner notre danse ; le Tumbe Carnaval, typique de cette région.
Nous avons initié une stratégie pour atteindre nos objectifs qui est qu’à travers nos danses de pouvoir réaliser un certain nombre de choses diverses qui font partie de nos buts en tant qu’organisation, comme par exemple nous avons initié une campagne d’enseignement de notre histoire à partir des expériences vécues tirées de la table ronde. C’est ainsi qu’on organise des ateliers de danse et de percussion pour la communauté en général, mais nous leur enseignons également notre histoire.
Quels son t les besoins et les problèmes fondamentaux des afrodescendants du Chili?
De nos jours, il y a de nombreuses familles d’afrodescendants qui vivent dans la pauvreté, l’autre problème est celui de l’identité puisque quand les organisations d’afrodescendants n’existaient pas, ils ignoraient leur propre culture, ne sachant pas pour quelle raison ils avaient ses traits physiques ou pour quoi leur père ou leur mère étaient noirs alors que l’histoire du Chili ne disaient pas qu’il y avaient des noirs (au Chili) comme c’est la cas au Pérou, au Brésil, à Cuba etc.
Quelle est l’importance à ton avis de la formation de groupes d’afrodescendants?
L’importance réside dans le fait qu’être regroupé entre Noirs a fait que longtemps après, les afrodescendants se retrouvent avec différentes personnes qu’ils avaient perdu de vue depuis, surtout les plus âgés. Le seul fait de créer une Organisation, démontre que beaucoup de personnes se reconnaissent peu à peu comme afrodescendants. Un autre facteur très important est que nous sommes en train de démontrer que nous avons contribué et nous contribuons à la construction et au développement de ce pays, depuis le temps o
ù les noirs ont combattu pour l’indépendance avec l’armée de libération et après dans cette région de Tarapaca où ça s’est accentué à cause du climat qui existe ici. Ils ont occupé des types de travail comme au temps des salpêtriers, ouvriers, agriculteurs, ce dernier métier étant l’un des plus importants, puisque c’était ce qu’ils faisaient en arrivant ici au début, avec la culture de la canne à sucre, du coton, de la banane et au cours des 150 dernières années, ça a été l’olive, qui est aujourd’hui l’un des produits les plus reconnus de cette région, surtout dans la vallée d’Azapa… et les meilleurs préparateurs de l’huile d’olive de différentes sortes sont les noirs.
Enfin, qui dirige votre organisation et comment faire pour contacter Lumbanga
Notre présidente s’appelle Rosa Guisa Lanchipa (artisane afro descendante, athlète, créatrice des anciennes comparses qui étaient réalisées à Arica). Elle représente un exemple pour notre race, à 87 années, elle a encore cette vitalité et cette envie de travailler pour son ethnie et pour Arica qu’elle aime tant. Les gens peuvent nous contacter par téléphone ou par les différents courriers électroniques ci-joints.
Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga
Contact:
Téléphones: 248515 / 260055 / 230614 / 240124 ou cellulaire 09-4225817.
E-mail: lumbanga@hotmail.com
Résistances des Afro argentins : Interview de Miriam Gomes
23 août , 2007 at 2:08 | In Afro argentin, Discrimination, Entrevue, Miriam Gomes, Racisme | Leave a CommentPar Ana Maria Ordóñez

«L’intégration des afrodescendants, se mesure très souvent à travers leur identification aux intérêts et expressions de classe dominante. Mais elle doit également se mesurer en terme de résistance, de capacité à conserver l’identité, de sa ténacité à survivre et se construire dans un autre contexte, d’un héritage hétérogène.»
La population argentine a-t-elle des racines africaines ?
Il n y a aucun doute à ce propos, mais notre société en général affirme ou croit qu’il n y a pas de population d’origine africaine, et que nous sommes un pays dont la population possède un ensemble de racines nettement européennes. Aucune référence n’est faite aux composantes d’origine africaine, même pas en mémoire de la traite active des esclaves dans le passé.
Combien d’africains sont arrivés en Amérique?
Selon le professeur nigérian Joseph Inikori, autour de 12.000.000 (d’africains) ont débarqués en Amérique Latine et si nous faisons le calcul qui veut que pour chaque africain qui arrivait vivant, cinq mouraient d’inanition, de diarrhées, de déshydratation, de suicides ou de châtiments divers, le trafic des esclaves a provoqué une saignée de plus de 60.000.000 de personnes à l’Afrique, alors qu’elle a engendré l’extraordinaire expansion industrielle et économique de l’Europe.

«L’Argentinité» s’est-elle construite en occultant les africains ?
Oui, au cours des deux derniers siècles, le système politique au pouvoir s’est chargé de diffuser des modèles culturels avec pour objectif de consolider l’identité argentine. Les concepteurs de la nationalité furent Bartolomé Mitre, Juan Bautista Alberdi, José Esteban Echeverría, Domingo Faustino Sarmiento et d’autres qui faisaient la promotion de l’immigration européenne pour forger des citoyens “blanchis” pour ce qui est de la couleur et “européisés” en ce qui concerne la mentalité et les coutumes.
Les africains ont-ils participés aux mêmes actions que le reste de la société?
Ils ont participé à toutes les actions belliqueuses de l’Argentine: ils y sont arrivés de manière obligatoire par la “Loi du rachat” (Ley del rescate) ou parce qu’on leur promettait la liberté. En 1801 dans les Compagnies de Granaderos de Pardos et Morenos (Grenadiers bruns et noirs). Lorsque la première Invasion Anglaise se produit en 1806 à Buenos Aires, ils participent de façon active pour la défense de la ville. Quand San Martín crée le Régiment de Granaderos a Caballo (Les Grenadiers à Cheval) et lorsqu’il prend en charge L’Armée du Nord, ses troupes sont composées de noirs libres, c’est- à -dire d’esclaves rachetés par l’État pour servir dans l’armée. Ils ont participé à la guerre contre le Brésil (1825 à 1828), aux guerres civiles opposants les partisans de l’unité aux fédéralistes, et comme corollaire, à la Guerre de la Triple Alliance entre 1865-1870.
Comment les afro descendants se sont-ils intégrés à la société?
De plusieurs manières. L’une d’elles s’est faite par le biais de la résistance socio – culturelle. Les afro argentins qui se distinguaient dans les Lettres, mettaient à profit leurs talents littéraires pour dénoncer la situation sociale à travers le journalisme et la poésie. L’œuvre journalistique fut très abondante en 1800, mais peu connue. El Proletario, créé et dirigé par Lucas Fernández, fondateur du Mouvement Démocratie Noire, faisait clairement référence à la situation raciale de la collectivité noire et mettait en évidence le fait que les africains se reconnaissaient comme une communauté. De plus, cela permettait de se rendre compte de la richesse de la vie sociale qu’ils menaient.
Y a-t-il eu des associations ou des publications durant le XXIème siècle?
Dès les débuts de l’année 1900, des journaux affirmant déjà la présence des afro argentins étaient édités. La Verdad, édité par Benedicto Ferreira. La Protectora publié par une mutuelle du même nom qui a existé jusque dans les années 50. Des associations comme La Agrupación Patriótica 25 de Mayo (Le Groupement Patriotique 25 Mai), le Cercle Social Juvencia et l’Association de Promotion General San Martín. Au début de l’année 1920 est apparue une discothèque presque exclusivement fréquentée par des noirs au Théâtre Marconi , le légendaire “Shimmy Club”, où ils diffusaient leur musique. Les organisations afro argentines sont bien connues et étudiées, par exemple par l’historien ivoirien Jean Arsene Yao.
Continuent-ils de réaffirmer leur identité ?
Oui, à travers leurs propres organisations. Une des empreintes africaine reflétée par les historiens est la musique et la manière de la danser: le candombe. Ça a toujours été un élément identificateur de la communauté noire argentine. Danse populaire par excellence, qui contient en elle presque toute l’histoire de la race (noire) sur le Río de la Plata. D’autre part, l’existence de petits groupes religieux a créé un certain syncrétisme que l’on peut voir à travers la vénération interdite de certains saints chrétiens. Aujourd’hui, il existe des quartiers entiers qui conservent leurs coutumes et leur langue.
Dans l’actualité, que font les afro descendants ?
Les afro argentins ont déjà retrouvé les bases constructrices de l’esprit collectif. Ils ont unis leurs forces, en renforçant leur identité ethnique et leur participation à la société à travers l’affirmation de la négritude. Les associations existantes révèlent la société africaine et défendent leurs racines, au delà des individus qui les composent. África Vive, dont le siège est a Buenos Aires lutte contre les ressources rares dont dispose les membres de sa communauté , autant en Argentine qu’à l’extérieur. El Casa de la Cultura Indo-Afro-Americana (La Maison de la Culture- Indo Afro-Américaine) dont le siège se trouve à Santa Fe, organise et participe à des congrès et rencontres internationales, et possède des publications à travers lesquelles elle divulgue le thème de la négritude en Argentine. La Sociedad de Socorros Mutuos Unión Caboverdeana dont le siège se trouve à Dock Sur, et qui existe depuis plus de 70 ans, el Circulo de Descendientes Caboverdeanos Cercle des Descendants Cap verdiens ) à Mar del Plata, pour n’en citer que quelques-uns.
Une réparation historique est-elle due aux africains et à leur descendants qui vivent au pays (En Argentine)?
La Nation Argentine se doit à elle-même une révision profonde et honnête de son histoire et une analyse rigoureusement critique, des fondements idéologiques qui ont mis sur pied son désir (d’être) un pays blanc et européen.
Traduit de l’espagnol par Guy Everard Mbarga
http://www.revistalote.com.ar/nro081/resistencia.htm
Miriam Victoria Gomes est Professeure de Littérature Latino-Américaine, spécialisée dans la Littérature des pays africains de Langue portugaise, et est membre de la Chaire Ouverte des Études Américanistes de l’UBA, section des études africanistes. Elle a participé à la création et au développement d’organisations noires dans le pays et collabore avec des institutions de lutte contre la discrimination et le racisme.
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