MAKANDAL, Marron Nègre Haïtien
24 août , 2007 at 12:07 | In Haïti, Histoire, Makandal, Nègre Marrons, Politique, Rebellion, Revendications | Leave a Comment1779. Le bateau négrier accoste sur le quai de Cap Haïti au nord du pays.
Parmi les deux cents esclaves partis de Guinée, dans la lointaine Afrique, seuls quarante arrivent.Les autres sont morts durant la traversée et ont été jetés aux requins.Parmi les survivants se trouve Makandal, un noir mandingue au corps sculptural et à la voix grave, que les chaînes ne semblent pas blesser. Lors de la vente aux enchères, un monsieur propriétaire de plantations de canne à sucre l’achète.
Makandal coupe la canne à sucre comme personne d’autre, mais il perd un bras dans le moulin et commence à s’occuper du bétail. Il commence à se sentir inutile. La nostalgie de sa terre et de son peuple l’envahit, et la peine occupe sa pensée. Cependant, il ne se laisse pas vaincre, se confie aux dieux noirs et trouve une raison de vivre dans l’observation de la nature.Il connait ainsi de nombreuses plantes, différentes de celles de son coin de pays, mais aussi instructives qu’elles. Ce sont des plantes rares, auxquelles personne d’autre n’a prêté attention jusque là.Il découvre un champignon qui rend malade et peut tuer… Et il le donne à manger au chien de Monsieur. Et tandis qu’il le regarde s’effondrer, Makandal a en tête la souffrance de son peuple…
Un jour il disparait de la propriété: on ne le trouve pas dans la cour des vaches, ni dans la cuisine, et encore moins dans grande baraque ou dorment les esclaves. Il n’est nul part. “Makandal est un mandingue, et chaque mandingue est un rebelle. Il s’est désormais fait nègre marron et celui qui le rencontrera devra m’en informer “, crie le français à ses esclaves.
Arrive la saison des pluies : les fleuves et les ruisseaux augmentent de volume et débordent de leur lit, mais Makandal ne donne aucun signe de vie. La saison des pluies passe et les fleuves retrouvent leurs lits…
Un jour, l’esclave Tinoel qui croyait que son ami était mort reçoit un message: “J’envoie te chercher, car notre temps est venu, le temps des nègres. Nous n’avons pas d’armes, mais nous possédons la sagesse de Run le guerrier, et l’intelligence du grand Oxosse”. En quelques semaines, le champignon vénéneux envahit les étables et les pâturages. Vaches, bœufs, chevaux et brebis tombent par centaines, couvrant la région de l’odeur de charogne. La peste ne tarde pas à pénétrer la maison de l’homme blanc. Makandal proclame la “campagne de l’extermination ” pour la création “d’un empire de noirs libres”. Soldats et contremaîtres se lancent à sa chasse…ils fouillent tous les recoins, mais ne le trouvent pas. Pourtant les yeux de ses frères le voient partout: “Il porte le costume des animaux-disent-il-, s’approprie du cours des fleuves, parle par la bouche du vent, connait chaque arbre, chaque caverne…”. Son épopée dure quatre années durant lesquelles il est transformé en lézard, en cobra, en oiseau ou toute autre bestiole. Quatre années pendant lesquelles il sort de ses cachettes pour assister aux rites durant lesquels les dieux africains sont vénérés.Arrive le mois de décembre, période de festivités nègres à Haïti.
Après le tambour sacré surgit la silhouette de Makandal. Personne ne le salue, mais son regard affectueux rencontre celui de chacune des personnes présentes et les bols d’eau chaude passent de mains en mains jusqu’à celles du visiteur assoiffé.

Toute la joie ambiante fait même oublier à tout ce monde que les blancs sont toujours là, et que la trahison reste possible… Et vingt soldats l’emportent devant le regard étonné des ses frères. Le chant triste des tambours résonne depuis le fleuve Artibonite jusqu’à l’île de la Tortue. Sur la place centrale, tut est prêt: les autorités sont confortablement installées dans l’église, et les esclaves sont près du bûcher, obligés par leurs maîtres de voir le “feu de l’exemple”.
Makandal parle avec Oxosse et Run: “Grands dieux de mon peuple, je vous demande de me laisser rester dans ce monde, pour poursuivre la lutte pour mon peuple “.
Les flammes commencent à monter sur ses pieds; Makandal pousse un cri, ses liens se défont et son corps s’étire dans les airs, sautant par-dessus la multitude qui observe. Puis il disparait.Les prêtres noirs font passer le message : “Makandal est resté parmi nous, dans le règne de ce monde “.
Les indépendantistes qui déclarent la “Première République Noire du continent ” en 1789 s’inspirent de lui, ainsi que les paysans guérilleros que résisteront f à l’occupation nord américaine de l’île en 1915. Aujourd’hui, lorsqu’une révolte populaire éclate, dans les taudis et les plantations de café, on peut entendre certaines voix qui chantent : “Ici marche le manchot avec son peuple. Ici marche le mandingue, qui est resté dans ce monde. Ici marche Makandal…”.

Drapeau de la Première république noire d’Amérique
Les indépendantistes qui déclarent la “Première République Noire du continent ” en 1789 s’inspirent de lui, ainsi que les paysans guérilleros que résisteront à l’occupation nord américaine de l’île en 1915. Aujourd’hui, lorsqu’une révolte populaire éclate, dans les taudis et les plantations de café, on peut entendre certaines voix qui chantent : “Ici marche le manchot parmi son peuple. Ici marche le mandingue, qui est resté dans ce monde. Ici marche Makandal…”.
Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga
Rebeliones Indígenas y Negras en América Latina ©Kintto Lucas 1ª edición, Ediciones Abya Yala, 1992, 2ª edición, Ediciones Abya Yala, 1997 3ª edición, Ediciones Abya Yala, 2000 4ª edición, Quincenario Tintají, 2004
Kintto Lucas est écrivain et journaliste né à Salto, Uruguay. Prix Latino américain de Journnalisme José Martí 1990. Plume de la Dignité 2004 octroyé par l’Union Nationale des Journalistes de l’Équateur. En Uruguay, il fut membre du Consejo Editorial del Semanario Mate Amargo. Il vit depuis 1992 à Quito ou il a été Éditeur Culturel et Éditorialiste du journal Hoy et éditeur da Revista Chasqui, en plus d’avoir chroniqueur dans les journaux El Comercio de Quito et Expreso de Guayaquil.
Il est actuellement correspondant de l’Agence de Presse Inter Press Service (IPS) et directeur du bimensuel Tintají de Quito. Certains des livres écrits par lui : La rebelión de los indios, traduit vers l’anglais avec le titre We Will Not Dance on Our Grandparent’s Tombs. Indigenous uprisings in Ecuador (Nus ne danserons pas sur les tombes de nos grands parents : rebellions indigènes en Équateur ); Rebeliones indígenas y negras en América Latina; Mujeres del siglo XX, Apuntes sobre fútbol, Plan Colombia, La paz armada y El movimiento indígena y las acrobacias del coronel
ZUMBI, Marron Nègre
24 août , 2007 at 12:00 | In Nègre Marrons, Rebellion, Revendications, Zumbi Dos Palmares | Leave a Comment
Zumbi Dos Palmares
1695. Le vieux nègre au cheveu blanc fume sa pipe appuyé contre un mur de pierre. Il fume et regarde les petits noirs qui courent sur la cour se faire réprimander par leurs mères. Il fume et se souvient… “Il y a déjà cent ans que fut fondé Palmares. La sagesse d’Exu, la force d’ Ogún et la ruse d’ Oxosse nous font vivre… Et nos frères continuent d’arriver… “Comme il y a cent ans, cinquante ansou vingt ans, hier plusieurs noirs sont encore arrivés à Palmares… Ils y viennent car ils veulent devenir des êtres humains.
“Nous ne sommes pas des choses, nous avons notre histoire”, ont-ils l’habitude de dire.Ils fuient les mauvais traitements des plantations de canne a sucre qui s’étendent dans le nord est du brésil. Terre du soleil brûlant : forêt, désert et montagnes. Ils ne veulent pas laisser leur cœur et leur âme dans les moulins. Ils se font marrons et se dirigent vers les montagnes à la recherche de la liberté de cette nation noire communautaire constituée de six villes : Macacos qui est la capitale, Subupira, Dambrabanga, Obenga, Tabocas et Arotirene. Chacune d’elle est dirigée par un chef et sur les assemblées populaires définissent la direction à prendre. Ils cultivent le haricot, le maïs, le manioc et le tabac; ils élèvent des poules et des porcs. La palme africaine qui couvre la montagne leur offre sa noblesse: les feuilles servent pour le toit, les murs et pour le lit; les fibres servent de matière pour le tissage de vêtements et de paniers; la pulpe du fruit sert d’aliment et la noix donne l’huile. Ils sont une trentaine de mille, libres, maîtres de leur propre monde. Ils travaillent pour leur compte… et se reposent aussi, car “le blanc ne vient pas ici, s’il vient, le diable se lèvera et les coups vont pleuvoir”. Au son des maracas, des tambours et des campanillas ils chantent et dansent; ils vénèrent leurs orixas, défendent leurs conquêtes avec les armes… et dans la nuit, ils mettent le feu dans les plantations de cannes à sucre… “Lorsque le jour se lève, de loin sur l littoral, on aperçoit la fumée”, pense le vieux noir, en souriant ironiquement et en lâchant quelques bouffées de fumée…
Les portugais sont préoccupés: en cent ans, plus de trente expéditions militaires ont essayé de détruire Palmares… elles ont échoué. Certaines fois, les soldats-chasseurs de nègres finiront par devenir fous, engloutis par la forêt, d’autres incendieront des villages vides en croyant avoir vaincu…
Chaque fois ils pensent avoir gagné… ils ne vainquent pourtant que l’ombre qui apparait et disparait. Ni les hollandais qui ont occupé Pernambuco pendant de nombreuses années, ni ls portugais N’ont réussi à faire tomber Palmares… Lorsqu’ils obtenaient quelques prisonniers, les hollandais les crucifiaient et les portugais les mutilaient pour faire peur à ceux qui étaient encore. “Quand les hollandais firent leur invasion –se souvient le vieux-, les portugais voulaient nous accorder la liberté pour que nous combattions à leurs côtés. Ils croyaient qu’on allait accepter… cette guerre n’était pas la nôtre, quelque eut été le vainqueur, il nous aurait maintenu en esclavage”.
Certaines des expéditions contre Palmares étaient commandées par des noirs esclaves auxquels on donnait la liberté pour liquider leurs frères…
D’autres croisées étaient dirigées par des métisses orgueilleux comme ce capitaine qui en 1677 déclarait à ses troupes avant le départ: “La nature a fait les esclaves pour qu’ils obéissent et ils ne pourront pas résister. Si nous en finissons avec eux, il y aura des terres pour planter notre propre canne à sucre, des noirs pour le travail et l’honneur pour tous “.
Il est revenu défait… Et comme la victoire n’arrive pas, ils initient des pourparlers de paix… L’année suivante, à Recife, le gouverneur de Pernambuco représente la couronne portugaise, le chef Ganga Zumba représente Palmares, et l’évêque sert d’intermédiaire.Un accord est trouvé: “Les sanctuaires de Palmares seront délogés. Tous ceux qui y sont nés sont déclarés libres. Ceux qui portent la marque du feu incandescent redeviennent la propriété privée de leurs maîtres “. Des trente milles habitant de Palmares, seuls cinq mille acceptent l’accord.
“Le traitre méritait la mort, ce grand diable Ganga Zumba”, pense le vieux nègre, et ses yeux s’illuminent. Zumbi, chef de Macacos et neveu de Ganga n’accepte pas ce qu’il considère comme une trahison. “Je ne crois pas à la parole de mes ennemis qui ne se croient même pas entre eux”, dit-il à ceux qui restent… “Dix sept ans ont passé, et la résistance tient. Zumbí continue d’appliquer la justice du feu dans les champs de canne à sucre”, pense le vieux. Et alors qu’il se souvient et se réjouit dans ses pensées, à Recife se prépare la plus grande expédition militaire dont on a souvenir. Jorge Domingos, un métisse qui avait été contracté par la couronne portugaise pour exterminer les indigènes rebelles dans le désert de Pernambuco et du Río Grande du Nord, exécuteur de sa besogne, est appelé pour détruire Palmares. Terres, noirs à vendre ordres religieux et grades militaires sont les récompenses en jeu. On vide les prisons et les pauvres de tous les recoins viennent grossir l’armée la plus grande qui ait jamais été formée au Brésil. Dix mille hommes: indiens, noirs et métisses -les européens commandent mais ne luttent guère-, traversent la forêt et grimpent la montagne où se trouvent les fortifications des noirs de Palmares. Les coups de canon qui réussissent à détruire la triple muraille de bois et de pierre durent plusieurs jours. Après le combat corps à corps, les morts se comptent par milliers, d’autres en essayant de s’échapper glissent dans le précipice; il yen a aussi qui s’y jettent, préférant la mort à l’esclavage; très peu réussissent à s’enfuir… Le vieux noir tombe les larmes aux yeux demandant aux orixas de protéger Zumbí de l’acharnement ennemi… De la côte, on peut voir la fumée qui surgit de la montagne tandis que les flammes ravagent Palmares. Le chef Zumbí a réussi à s’échapper et il s’engouffre dans la forêt et réunit ses frères. Il y restera l temps de reconstruire les rêves… Une voix court parmi les esclaves, qui dit que “la mort ne peut toucher Zumbi”… Mais un jour, alors que le soleil est en train d’apparaitre arrive un noir dans la forêt, ami de Zumbi à Macacos. Zumbi l’embrasse, le traître lui plante son poignard dans le dos. Les soldats lui coupent la tête et l’accrochent sur une lance. Ils la portent à Recife pour l’exhiber sur la place: “Ils comprendront ainsi que Zumbí n’est pas immortel”, crient-ils. Le vent souffle très vite dans les ruines de Palmares. Le feu a tout ravagé… ceux qui ont vaincus pensent qu’avec Zumbí est morte la mémoire de Palmares… Et ils se trompent encore une fois, comme auparavant. Les frères du chef disent que Zumbi continue de cheminer parmi les esprits et des fois, il décide d’apparaître ici-bas.Tant qu’un homme en exploitera un autre, il sera présent ici, entre le palmes, chantant le chant des labours, dansant au son des tambours, dirigeant son peuple entre le ciel et la terre… Les chefs des rebellions à venir continueront de s’appeler Zumbi…
Aujourd’hui, lorsque mille ou deux milles agriculteurs sans terre du nord occupent une propriété ou envahissent un village des dépôts d’aliments, certains se souviennent de Zumbi. Il est sur la route, descend dans les temples de candomblé, descend dans la rue et dirige les révoltes en fumant son charuto (Cigare). Tant qu’un homme exploitera un autre homme, il continuera d’apparaitre à travers les temps…
Traduit de l’Esapgnol par Guy everard Mbarga
Rebeliones Indígenas y Negras en América Latina ©Kintto Lucas 1ª edición, Ediciones Abya Yala, 1992, 2ª edición, Ediciones Abya Yala, 1997 3ª edición, Ediciones Abya Yala, 2000 4ª edición, Quincenario Tintají, 2004
Kintto Lucas est écrivain et journaliste né à Salto, Uruguay. Prix Latino américain de Journnalisme José Martí 1990. Plume de la Dignité 2004 octroyé par l’Union Nationale des Journalistes de l’Équateur. En Uruguay, il fut membre du Consejo Editorial del Semanario Mate Amargo. Il vit depuis 1992 à Quito ou il a été Éditeur Culturel et Éditorialiste du journal Hoy et éditeur da Revista Chasqui, en plus d’avoir chroniqueur dans les journaux El Comercio de Quito et Expreso de Guayaquil.
Il est actuellement correspondant de l’Agence de Presse Inter Press Service (IPS) et directeur du bimensuel Tintají de Quito. Certains des livres écrits par lui : La rebelión de los indios, traduit vers l’anglais avec le titre We Will Not Dance on Our Grandparent’s Tombs. Indigenous uprisings in Ecuador (Nus ne danserons pas sur les tombes de nos grands parents : rebellions indigènes en Équateur ); Rebeliones indígenas y negras en América Latina; Mujeres del siglo XX, Apuntes sobre fútbol, Plan Colombia, La paz armada y El movimiento indígena y las acrobacias del coronel.
SEBASTIAN LEMBA, marron nègre
23 août , 2007 at 11:52 | In Culture, Histoire, Nègre Marrons, Rebellion, Revendications, Sabastian Lemba | Leave a Comment1550.Le “maniel“ représente l’habitation, l’école, la communauté du marron. Après la souffrance vécue en tant qu’esclave dans les plantations de canne à sucre de Saint Domingue, la vie là-bas est faite de musique et de couleurs. Apprentissage de la vie et du combat, office de liberté. Le “maniel” est une forteresse nègre, entourée de pièges. Les cabanes sont peu élevées de sorte que la végétation les dissimule. Une certaine distance sépare l’une de l’autre.

Statue de Sebastian Lemba, Musée de l’homme, Saint Domigue
Sur ces terres, on cultive le maïs, le haricot, le taro, le manioc et le tabac… des fois on y sème d’autres produits. Le produit de la récolte est réparti entre tous…
Il y a ici auto suffisance. Pour avoir de la viande, de la poudre, du sel et des fusils, ils échangent leur production avec des pirates. Ils assignent la tache de ce négoce à des personnes spéciales, qui gardent toujours une distance prudente. Des noirs rebelles qui “ n’acceptent pas l’esclavage et quelques indiens taínos qui se battent pour leur liberté arrivent au “maniel.
Don Tomás, vétéran de milles combats est chargé d’expliquer aux jeunes les raisons du combat. IL leur parle de la nécessité de protéger la nature…il leur dit comment ses grands-parents apprirent à aimer la montagne, la forêt, la nuit et la pluie libre… Il leur parle des dieux africains qui les protègent et leur parle des grands capitaines noirs…
Lorsqu’il parle de Lemba ses yeux deviennent humides. Il y a deux ans, le grand chef des rebelles s’en est allé dans l’infini de la mémoire avec la bénédiction de Xangó.
Dans l’autre vie… “Un jour-raconte Tomás-, Sebastián Lemba a réuni les gens et leur a dit: ‘Il ne s’agit pas d’échapper aux blancs. Nous ne pouvons pas nous contenter de venir ici et de rester là tranquilles. Nous devons aller combattre l’espagnol là-bas, dans ses plantations… en bas, attaquer lses intérêts’. Ainsi parlait le capitaine du Bahoruco Viejo, chef du maniel Enriquillo“. Lemba pensait que le fait de rester dans la montagne faisait peu de mal aux envahisseurs, alors que les noirs venus d’Afrique et les indiens taínos restaient esclaves.
Et pour mettre sa pensée en pratique, il prépare la première attaque de la plantation de San Juan. En première ligne avance un groupe commandé par Sebastián lui même, dans l’arrière garde se retrouvent les hommes prêts à résister au combat au cas où les premiers sont surpris. Alors qu’ils s’approchent de la plantation, un des hommes s’approche et dit: “commandant, la propriété est entourée des hautes tours où se trouvent des gardes qui font le guet. Les autres semblent être endormis“.
Lemba le remercie pour son information et lui dit: “Très bonne information, mais on continue vers notre objectif“.
Il préfère ne pas dire quel genre d’attaque ils mèneront… par sécurité et parce qu’il est mieux de connaître la réalité du terrain sur lequel le combat aura lieu.
Alors qu’ils sont presque à l’intérieur de la propriété, il arrête l’expédition.
-Camarades, c’est très simple. Je sais maintenant comment nous devons opérer pour que les gardes ne nous découvrent pas.
-Bien capitine, que faut-il faire? Demandent les guerriers intrigués.
-Pour ne pas être découverts, nous devons simplement ne pas nous faire voir.
Après avoir provoqué le rire de ses troupes, il envoie un groupe par la porte latérale de la propriété. Un autre ira par l’avant et quelques rebelles se chargeront directement des gardes.
Le signal de l’attaque arrive quand tous sont positionnés…
Un des gardes essaye de donner l’alerte, mais il meurt aussitôt, transpercé par un poignard. Les autres gardes sont facilement soumis. En peu de temps, la propriété est occupée…
Sous la lumière des bougies, Lemba prend la parole: “Très bien Messieurs, dites-à vos maîtres que Sebastián Lemba et ses combattants sont passés ici, et que l’arrivée de temps très difficiles s’annonce pour eux. Le marron, comme vous l’appelez, doit lutter jusqu’à ce que l’espagnol disparaisse de la carte“.
Les gardes suent et tremblent de peur des représailles des rebelles, dont le chef continue à parler…
-Camarades, prenez toute la nourriture et le sucre que vous pouvez, et que tous les frères maintenus en esclavage viennent avec nous s’ils le souhaitent. Prenez aussi les chevaux.
-Que faisons nous des espagnols? demande l’un d’entre eux. –Nous les laisserons vivants, s’ils peuvent encore vivre après avoir rejetté autant d’eau de leurs corps. Nous allons au maniel et que la liberté de notre peuple, plus qu’un rêve devienne réalité.
Sebastián Lemba devient ainsi l’homme le plus recherché par les espagnols. Mais il devient aussi plus respecté et craint. Les collines de San Juan et de Bahoruco Viejo sont ses terrains de résistance.
Les attaques de propriété se multiplient, les incendies des champs de canne également. Les européens sentent que leur économie est menacée … les expéditions contre el capitán échouent, l’une après l’autre. En septembre il y a deux ans, lors d’un combat à Loma de la Paciencia, près du fleuve San Juan, l’heure arrive…
Après un combat de longue haleine, une balle traverse le cœur de Lemba. Ainsi tombe le chef marron, devant ses compagnons presque surpris. Les espagnols lui coupent la tête après sa mort la portent à Santo Domingo et la plantent sur un crochet sur la place centrale. “Ils auront ainsi peur de lancer de nouvelles rébellions “, affirme un espagnol, croyant avoir mis fin à la résistance marronne…
Le vieux Tomás parle aux jeunes de la nécessité de poursuivre la lutte et de conquérir ainsi la liberté “pour maintenir la flamme vive et pouvoir vivre libres: comme le vent, l’eau et le soleil, sans travaux forcés, ni coups de fouets…“.
La graine semée par Sebastián Lemba germinera dans tous les recoins de la République Dominicaine. Les rébellions et les rebelles continueront de se reproduire par tous les chemins… 238 années plus tard el capitán José Eleocadio vivra la lutte avec la même ferveur, alliant le feu et le vent à sa pensée…
Traduit de l’Esapgnol par Guy everard Mbarga
Rebeliones Indígenas y Negras en América Latina ©Kintto Lucas
1ª edición, Ediciones Abya Yala, 1992, 2ª edición, Ediciones Abya Yala, 1997
3ª edición, Ediciones Abya Yala, 2000
4ª edición, Quincenario Tintají, 2004
Kintto Lucas est écrivain et journaliste né à Salto, Uruguay. Prix Latino américain de Journnalisme José Martí 1990. Plume de la Dignité 2004 octroyé par l’Union Nationale des Journalistes de l’Équateur. En Uruguay, il fut membre du Consejo Editorial del Semanario Mate Amargo. Il vit depuis 1992 à Quito ou il a été Éditeur Culturel et Éditorialiste du journal Hoy et éditeur da Revista Chasqui, en plus d’avoir chroniqueur dans les journaux El Comercio de Quito et Expreso de Guayaquil.
Il est actuellement correspondant de l’Agence de Presse Inter Press Service (IPS) et directeur du bimensuel Tintají de Quito. Certains des livres écrits par lui : La rebelión de los indios, traduit vers l’anglais avec le titre We Will Not Dance on Our Grandparent’s Tombs. Indigenous uprisings in Ecuador (Nus ne danserons pas sur les tombes de nos grands parents : rebellions indigènes en Équateur ); Rebeliones indígenas y negras en América Latina; Mujeres del siglo XX, Apuntes sobre fútbol, Plan Colombia, La paz armada y El movimiento indígena y las acrobacias del coronel.
L’histoire des Garinagu, afrodescendants d’Amérique Centrale
23 août , 2007 at 11:46 | In Garifuna, Garinagu, Histoire, Nègre Marrons, Rebellion | Leave a CommentVillage Garifuna
Les Garinagu sont des personnes ayant une histoire, une tradition, une culture et des coutumes qui leur sont propres. La communauté des Garinagu s’étend du Nicaragua jusqu’à Belize sur la côte atlantique.
La majorité des Garinagu, plus de 90000 personnes, réside au Honduras dans 43 communautés. On en retrouve également aux Etats-Unis dans les villes comme Los Angeles, Boston, New York, New Orléans, Miami et Philadelphia.
L’Histoire commence en 1655 avec le naufrage de deux bateaux anglais chargés d’esclaves près de l’île de Saint Vincent. Les esclaves africains nagent jusqu’à la côte de Saint Vincent où ils retrouvent leur liberté.
Jeunes Garinagu
Ces Africains se mélangeront avec les Arawaks ou Caribéens, et de ces deux races surgira une nouvelle population de noirs caribéens que l’on connait aujourd’hui sous le nom de Garifuna.
Cent ans après leur arrivée à Saint Vincent, la population Garifuna était très nombreuse et prospère. Les hommes se consacraient à la pêche et à la chasse. Ils voyageaient également dans les îles voisines pour faire du troc, échangeant du tabac et des paniers contre des armes et d’autres produits Européens. Les femmes s’occupaient des travaux de la maison et de l’agriculture.
Plus tard, les colonisateurs Français arrivèrent et prirent possession d’une partie de l’île.
Groupe culturel
Les anglais qui continuaient leur colonisation arrivèrent à Saint Vincent dans les années 1760.Ils souhaitaient s’approprier les terres fertiles des Garinagu. Les anglais voulaient utiliser ses terres pour cultiver la canne à sucre, et lorsque les Garinagu s’y opposèrent, ils leur déclarèrent la guerre.
Ce désir de prendre possession des terres par la force provoqua un conflit qui dura plus de 30 ans. Les Français luttèrent aux côtés des Garinagu pour protéger leurs terres.
En 1775, les anglais décidèrent de s’emparer de l’île entière, y compris le territoire occupé par les Français. Les Français capitulèrent finalement en 1796, mais les Garinagu et les Arawaks Caribéens continuèrent la lutte. La stratégie des Anlgais consistait à incendier les maisons, les canoë et les cultures. Les Garinagu, malades et affamés durent finalement se rendre.
Andy Palacio, Musicien Garifuna à la renommée internationale
En 1796, les Garinagus furent délogés de l’île de Saint Vincent, puis s’installèrent sur l’île de Roatan au Honduras. Un grand nombre de Garinagu toucha la terre ferme Hondurienne. Le 12 avril 1797, plus de 4000 Garinagu, hommes, femmes et enfants compris, arrivèrent à Trujillo.
Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga
Yanga, histoire d’une rébellion
23 août , 2007 at 2:16 | In AfroMexicain, Histoire, Nègre Marrons, Rebellion, Yanga | Leave a Comment
Statue représentant Yanga
À la fin du XVIème siècle, la population indigène en Nouvelle Espagne avait considérablement diminué à cause des maladies et des mauvais traitements, mais elle restait plus nombreuse que celle des noirs, qui dans leur majorité étaient restés esclaves et dont un nombre moins important avait conquis la liberté en s’enfuyant, et constituant la classe appelée ”Negros Cimarrones“(Nègres Marrons).
Les africains n’étaient pas le moins du monde soumis et dès la période administrée par le premier Vice-roi Don Antonio de Mendoza, il y eut diverses tentatives de soulèvement, qui poussèrent ce dernier à ordonner de terribles exécutions pour qu’elles “servent de leçon“. Ceux-ci (les noirs) étaient arrivés en Nouvelle Espagne pour travailler dans les mines, et suivant la croyance selon laquelle un noir travaillait comme quatre indigènes. Ils occupaient également des taches domestiques et de majordomes dans les zones agricoles tropicales. Ils se distinguèrent dans ce dernier rôle par leur cruauté envers les indigènes, profitant du respect que ces derniers leur montraient, par crainte des maîtres espagnols, ce qui provoqua la protestation des religieux. Les Rois Espagnols interdirent alors que les noirs vivent dans les villages indiens.

Rue de Yanga, Veracruz, Mexique
En 1609, des rumeurs persistantes et des dénonciations couraient selon lesquelles le 6 janvier de la même année, les noirs allaient mener rébellion durant laquelle tous les blancs trouveraient la mort et qu’après cela, un roi noir serait élu.Le vice-roi Luis de Velazco fils, même s’il ne croyait pas à la rumeur, ordonna de punir les prisonniers noirs (par des coups de fouets) pour calmer les ardeurs et pour que cela serve d’avertissement. Certains s’étaient déjà soulevés à Veracruz, se réfugiant dans les chaines montagneuses situées entre le Cofre de Perote et le Citlaltépetl ou Pic d’ Orizaba, augmentant rapidement leur nombre avec l’arrivée d’esclaves en fuite et des hommes des castes fugitifs de la justice. Quelques uns se dédièrent à l’attaque des voyageurs, ce qui allait convaincre le vice-roi des rumeurs. Il organisa alors une expédition sous les ordres du capitaine Pedro González de Herrera, qui quitta Puebla le 26 février 1609, incluant dans ses troupes 2 aumôniers militaires pour qu’ils essayent de limiter le nombre d’insurgés par le biais de la prédication et de la persuasion. Les rebelles étaient dirigés par Yanga, un noir de la tribu des Bora du Haut Nil, de la Nation des Dinka dans le sud ouest de Gondoco, entre Bari et les Macaras.(*) Il était grand et bien bâti, et cela faisait 30 ans qu’il était en fuite et qu’il dirigeait les esclaves fugitifs. Il disait avoir du sang royal et qu’il aurait été roi s’il n’avait pas été mis en esclavage par les européens. Dans sa jeunesse, il dirigea lui même ses hommes, mais en vieillissant, il délégua ce rôle à un Angolais du nom de Francisco de Matosa, qui détruisait et incendiait les propriétés, tuant les hommes et capturant les femmes. Un jour, González de Herrera reçut un message de Yanga par l’intermédiaire d’un (prisonnier) espagnol libéré. Dans ce message, il le défiait de mesurer leurs forces et affirmait ceci : “…En attaquant et en incendiant les propriétés des Espagnols, ils ne faisaient que se rétribuer par la force des armes de ce qui leur était refusé. Ils leur envoyaient le porteur auquel ils n’avaient pas voulu donner la mort, pour qu’ils leur serve de guide et leur épargne la peine de les chercher…” Le 21 février, les forces espagnoles interceptèrent sur la route d’Orizaba une colonne de cavaliers qui s’en allaient incendier une propriété sucrière. Ils les firent s’enfuir en direction du quartier général où leur arrivée provoqua une panique générale ainsi. Une terrible émeute s’en suivit alors. González Herrera attaqua simultanément avec trois colonnes. Les noirs se défendaient en lançant des troncs d’arbres, des pierres et des flèches dont certaines allaient atteindre le capitaine et les deux missionnaires, sans pour autant les blesser grièvement.Les Espagnols contrattaquèrent avec vigueur et réussirent à atteindre le sommet d’une montagne où ils se retranchèrent, ce qui leur laissa la voie libre jusqu’au village – où se trouvaient Yanga, les femmes et les enfants. Ces derniers s’étaient enfuis en se rendant compte de l’approche des troupes. Le capitaine offrit la paix et le pardon, mais ne cessa pas de les pourchasser. Yanga et ses principaux hommes se rendirent, en promettant de livrer les noirs fugitifs et de fonder une ville, à condition qu’on leur accorde à tous la liberté. La ville en question serait en fait une forteresse pour les espagnols dans ses zones montagneuses, les noirs s’engageant à ne pas donner l’asile aux noirs fugitifs et aux bandits. Ils acceptaient ‘’ d’ être fidèles au Roi d’Espagne’’ et demandaient un Ministre de la Justice ainsi qu’un curé (soigneur) des âmes. Le Vice-roi accepta cette requête et indiqua le nouveau territoire pour la nouvelle ville à quelques encablures de la ville Córdoba. En 1618 fut fondée la localité du nom de San Lorenzo de los Negros, actuellement connu comme : YANGA, Veracruz, au Mexique. BIBLIOGR: .ALMANAQUE DE MEXICO 1981, ED. S.D.N. 1981. MEXICO A TRAVES DE LOS SIGLOS, EDITORIAL CUMBRE, MEXICO 1958 TOMO III PP 480 51.
Traduit de l’espagnol par Guy everad Mbarga
(*) Les différentes références géographiques et ethniques en gras sont difficiles à retrouver dans d’autres sources que ce texte publié sur Internet. L’auteur semble passer de références liées au pays d’origine en Afrique de l’époque de l’esclavage a d’autres liées à la Nouvelle Espagne. On se demande donc s’il s’agit de références historiques ou de références mythiques, ou alors des deux à la fois.
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